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Découvrir la ville > Histoire > 120 années d'histoire (1) : 1840 à 1939
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120 années d'histoire au Guilvinec
Faits marquants et grandes dates - Par Pierre Jean BERROU
1) 1840 à 1939

Un village minuscule en 1840

En 1840, "Ar Gelveneg" n'était qu'un tout petit hameau de bord de mer dépendant de la commune de Plomeur. Il comprenait à peine 70 âmes vivant dans une douzaine de chaumières situées au Nord de Tal-ar-Groas face à l'anse de Men-Krenn.
Les maisons étaient disposées autour de leur puits commun et de leur aire à battre ou leurquer. Il en était de même des villages de Lohan et de Ruhaor. Cultivateurs et marins y vivaient côte à côte, les professions n'étant pas toujours bien distinctes. Quelques douaniers, tisserands et tailleurs complétaient la population.
Le havre naturel ne disposait que d'une simple cale en blocs grossiers aménagés, "Ar Choaser" (la chaussée). Il n'existait qu'une seule construction, la maison du corps de garde, sur les étendues comprises entre Tal-ar-Groas et Men-Meur, vastes champs cultivés ou laissés à la pâture.
Les pêcheurs étaient très peu nombreux. Avec ceux des villages de Kervénec et de Kerfriant, la population maritime dépassait à peine 25 mousses, matelots ou patrons de barques. En l'absence de transports modernes, les produits de la pêche étaient surtout destinés à la consommation locale.

Un essor économique

Le Guilvinec avait cependant un atout important ; face à une mer très poissonneuse, son havre large et profond était le seul vraiment d'utilisation pratique au temps de la marine à voile, entre Audierne et Concarneau. Les progrès de la technique de conservation du poisson et surtout l'arrivée du chemin de fer à Quimper en 1863 allaient permettre un développement considérable de la pêche. Désormais on pouvait expédier rapidement le maquereau frais vers Paris par les trains de marée même si 30 km devaient être parcourus en chars-à-bancs du port de débarquement au chef-lieu cornouaillais.

1860 : Implantation de l'industriel Louis Pichot

Dans le petit havre naturel du village du Guilvinec, dans ce coin perdu qui ne possédait ni ouvrage portuaire, ni mareyeur, le négociant nantais Louis Pichot choisit pour des raisons qui nous échappent de s'installer avec une petite équipe de commis sur la lande proche du corps de garde qu'il avait achetée à la commune de Plomeur.
Il y créa une unité de production avec presse à sardines et salaisons, magasin de marée, dépôt de vente de rogue de Norvège, magasin d'avitaillement, service d'expédition du poisson, armement de chaloupes. Il fit construire dans la grève au pied des rochers un important vivier entouré de hauts murs.
Les tonneaux de maquereaux et surtout de sardines salées qui sortaient de son établissement étaient expédiées par de petits caboteurs. Cette entreprise s'ouvrait sur l'actuelle rue de Men Meur et comprenait la plupart des bâtiments situés entre la place d'Estienne d'Orves et la ruelle à l'ouest qui descend vers la criée, ruelle autrefois dénommée "Ronchic Pichot".
Pichot avait aussi donné son nom à une rue séparant deux usines. Une nouvelle dénomination des rues oublia ce grand bienfaiteur du village du Guilvinec.

1863 : Arrivée du train à Quimper

Curieusement, cet événement qui s'est passé à 30 km du Guilvinec eut une influence considérable sur le développement du port et de la ville. On peut même dire qu'il fut le plus déterminant de toute l'histoire guilviniste par toutes les réactions en chaîne qu'il provoqua. En effet, confiné jusque là dans l'activité d'une dizaine de barques qui vendaient leur pêche dans le voisinage, le havre naturel attira très vite une foule de chaloupes (jusqu'à 300) de toute la Cornouaille. Les Douarnenistes y établirent une base avancée proche des lieux de pêche au maquereau. Leurs nombreux mareyeurs y créèrent un service d'expédition rapide du poisson frais vers la gare de Quimper. Rien ne servait de partir à point, il fallait courir: jusqu'à 100 chars à bancs à un rythme d'enfer transportaient le maquereau pêché la nuit vers le train de Paris du matin.
Le Guilvinec entrait d'un coup dans le marché national du poisson, devenant le premier port (avant Boulogne) d'expédition du maquereau frais, très prisé sur le marché de la capitale.
Pour comprendre il faut savoir, que les Douarnenistes préféraient quitter leur port pour s'installer au Guilvinec pendant tout le printemps afin d'éviter de passer deux fois par jour les parages du raz de Sein si dangereux en cette période de l'année pour leurs barques non pontées. Leur présence au Guilvinec donna un coup de fouet à l'économie locale.

1869 : Construction de la première cale de débarquement du poisson.

Au milieu du 19e siècle, le port ne disposait ni de môle de protection, ni d'ouvrage de débarquement. Celui-ci se faisait sur les rochers glissants où accostaient les chaloupes à faible tirant d'eau et sur le sable des grèves où elles s'échouaient.
Le Maire de Plomeur, M. de Pascal, à la suite d'une pétition des Guilvinistes et des pêcheurs de tous les points de la côte, sollicita une aide auprès du ministre des travaux publics et accepta d'engager des dépenses pour des déroctages et pour la construction d'une cale en pierres de taille munie d'un escalier, face à la maison des douanes. La cale devait mener directement à la place d'étalage du poisson et de stationnement des véhicules. Ce fut la "cale Kozh".

1870 : Construction des deux premières conserveries à l'huile

Comme tout le long de la côte bretonne, les friteries de sardines à l'huile s'installèrent au Guilvinec. Elles employèrent une armée de boîtiers-soudeurs, fabriquant l'hiver des boîtes de conserve de fer blanc. En été, elles drainèrent de nombreuses ouvrières.
Auguste Chancerelle, Nantais, par ailleurs installé à Douarnenez, s'implanta devant le port, en haut des rochers, dans le prolongement de l'établissement Pichot avec accès par la rue de Men Meur.
Soymié, négociant à Etel, s'installa au coeur de l'agglomération naissante, non loin de la grande rue. L'usine était constituée de baraques en bois et d'une maison d'habitation servant aussi d'huilerie. Elle a donné son nom à la "rue de la vieille usine".
Cette année-Ià, le Guilvinec reçut le télégraphe réclamé à hauts cris par les usiniers et les mareyeurs comme l'outil indispensable au développement du commerce local.

1879 - 80 : Construction de 6 nouvelles usines.

Ces deux années correspondirent à une formidable croissance économique. Pas moins de 6 friteries, à l'aide de capitaux étrangers, sortirent de la lande des terres communales. Le Guilvinec fut un chantier permanent pendant cette période.
Ce fut une des conséquences du développement de la flottille locale qui, après la saison des maquereaux, s'adonnait à la pêche à la sardine, alimentant les conserveries. Modernes, celles-ci disposaient le plus souvent d'une petite usine à gaz pour leurs besoins propres.
Moreau et Babelot, négociants concarnois, créèrent à Men Meur leur conserverie qui deviendra plus tard la propriété de Paul Chacun.
Frôchen, un Quimpérois, construisit sa friterie sur le chemin de Men Meur, face aux établissements Pichot. Wenceslas Chancerelle, Nantais, déjà propriétaire à Douarnenez fit construire la grande usine "ar futur vraz" sur la grande rue. Soymié qui se trouvait trop éloigné de la seule cale de débarquement rejoignit le quartier industriel; ses ateliers et magasins, la maison d'habitation pour les commis s'adossèrent à une petite usine Pichot. Les bâtiments en bois de sa "vieille usine" furent transformés en logements pour indigents.
Ce ne fut pas tout. J. et P. Chancerelle transformèrent l'établissement d'Auguste devant l'Océan, en friterie moderne avec production de gaz. Enfin, Mme Aubin-Salles, une Nantaise, choisit la dune de Poul-ar-palud pour sa conserverie qui fit travailler 250 ouvriers et ouvrières.

6 avril 1880 : Création de la commune du Guilvinec

En 1880, le petit hameau de pêcheurs avait atteint 2000 habitants. Par ailleurs, une population flottante de plus de 2000 personnes, comprenant les marins "étrangers" et leurs familles, séjournait au Guilvinec pendant de longs mois. Le pôle littoral de Plomeur avait ainsi dépassé en population et en activités économiques le reste de la commune. Mais les décisions municipales restaient toujours aux mains des paysans dont les intérêts étaient différents de ceux des pêcheurs.
Le préfet de Quimper constata que les ressources de la section du Guilvinec n'avaient pas été par le passé employées à son profit. Il régnait entre les deux communautés une défiance et un antagonisme regrettables. La séparation demandée par les habitants du Guilvinec fut acceptée.
Le 6 avril 1880, le président de la République Jules Grévy signa la naissance de la nouvelle commune.

25 juillet 1880 : Premières élections

La création de la commune se concrétisa par les premières élections municipales. Pour une courte période de 6 mois, précédant le renouvellement de toutes les municipalités de France, Jacques Le Cléac'h, issu d'une des familles de marins les plus anciennes du petit port, propriétaire de biens fonciers et de chaloupes, fut élu maire après la victoire de la liste républicaine. Dans une France où la République était loin d'être acceptée par tous et où le courant monarchiste était très influent, le parti républicain se situait à gauche. D'ailleurs, le 14 juillet, fête républicaine s'il en est, fut toujours dignement célébré.
Dès 1883, au moins, le 13 au soir, les réjouissances comprenaient une retraite aux flambeaux en musique, un feu d'artifice au-dessus de la mer et le lendemain diverses courses tout l'après-midi (régates, chevaux, etc.).
Le 23 janvier 1881 de nouvelles élections reprirent quasiment les mêmes. Un pêcheur de 25 ans, François Le Serre, proche des radicaux, fils d'un commerçant du bourg de Plomeur et qui avait poursuivi des études en pension, succéda à Jacques Le Cléac'h. La nouvelle municipalité se mit à l'ouvrage, fit construire écoles, poste, etc.

1883 : Fondation de la paroisse

Les cérémonies religieuses continuèrent d'être célébrées en l'église de Plomeur. Cela n'allait pas sans inconvénient, compte tenu des 6 km à parcourir à pied pour les messes, enterrements, baptêmes et mariages. La création d'une nouvelle paroisse s'imposa dès lors. A la demande de la municipalité, en ce temps du Concordat, l'administration des cultes accepta en 1883 le transfert au Guilvinec de la chapelle paroissiale des Glénan, peu active. Mais la nouvelle paroisse n'avait pas d'église. La chapelle de Saint- Trémeur, en mauvais état, fut jugée insuffisante pour les cérémonies. Les messes furent célébrées dans l'usine de J. Chancerelle gracieusement mise à la disposition des fidèles. La paroisse à part entière du Guilvinec ne sera officiellement créée qu'en 1892.

1885 : Grande épidémie de choléra

Une première épidémie de choléra avait déjà atteint Le Guilvinec en 1866 faisant 52 morts.
Considéré comme une maladie se développant dans une population vivant dans la promiscuité, dans des conditions d'hygiène sommaires et buvant de l'eau non potable, le choléra trouva au Guilvinec un terrain favorable: 72 décès sur 126 cas de maladie, mais tous les ports en furent frappés (Concarneau: 67 décès, Douarnenez : 80, Audierne: 146) : certes, il fallait un vecteur pour que la maladie se propageât.
Le premier cas en Cornouaille fut décelé à Concarneau le 18 septembre, puis Penmarc'h fut touché le 20, le germe ayant été véhiculé par un pêcheur. Au Guilvinec, la maladie débuta le 30 dans une habitation du quartier de la palue par contact avec les marins de Penmarc'h, puis se propagea dans la commune d'une manière fulgurante en gagnant le centre.
Un vent de panique souffla sur la population guilviniste. Ceux qui en avaient la possibilité, abandonnèrent leur maison et se réfugièrent chez des parents à la campagne. La moitié des habitations furent fermées. Ce fut le contraire d'une quarantaine et cela s'avéra bénéfique car le microbe ne se répandit guère au-delà du bras de mer vers Léchiagat (2 cas seulement).
La croyance répandue à l'époque, que la protection contre la maladie pouvait passer par la consommation d'alcool fort, aboutit à des scènes lamentables, effarantes, racontées par les médecins de l'hygiène publique et même par le préfet venu enquêter sur place. Ce ne furent que descriptions de promiscuité, d'hygiène défectueuse, d'ivrognerie dans la plupart des familles atteintes.

1886 : Graves incidents lors de la campagne du maquereau

Pour ne pas créer des conditions favorables à la propagation d'épidémies, les marins douarnenistes ne purent séjourner chez l'habitant lors de la nouvelle campagne de maquereau. L'administration leur proposa alors des tentes de l'armée garnies de paille.
La révolte gronda d'autant plus que les Guilvinistes se plaignirent du manque à gagner résultant de l'interdiction des locations de greniers et menacèrent de brûler les tentes. Cinquante hommes de troupe, des gendarmes séjournèrent au Guilvinec pendant des semaines, patrouillant la nuit, veillant sur le camp pour éviter les vols. Le port ressembla à une ville forte avant qu'un compromis ne fût trouvé.

1887 : Construction de l'église

Soucieux de donner aux Guilvinistes une église digne de ce nom et conçue pour 2500 fidèles, le recteur de Coataudon, lança une souscription parmi la population. Malgré les efforts des usiniers et mareyeurs, les fonds n'atteignirent pas malheureusement le total espéré. Il fallut revoir le projet à la baisse. L'on sacrifia le transept et le clocher.
L'entreprise trouva pourtant sur place le matériau de ses pierres de taille, un granite à gros grain, extrait du grand rocher du Guilvinec dénommé "Chapeau de Cardinal", situé au coeur de l'agglomération, aussi imposant que le rocher de Men Meur, et servant d'amer comme ce dernier. L'inauguration de la nouvelle église sans façade ni clocher, se fit en grande pompe en 1887. Une cloche extérieure appela les fidèles. Stupeur avant la bénédiction par Mgr l'Évêque: le drapeau blanc monarchiste flottait au sommet du bâtiment. L'église fut dédiée à Sainte-Anne comme l'une des chapelles intérieures de celle de Plomeur, fondée par les seigneurs de Kergoz.

24 septembre 1896 : Naufrage de six chaloupes: 44 disparus

Une soixantaine de bateaux du port étaient sortis le soir du 24 septembre pour mouiller leurs filets à merlus au large des Etocs. Tout à coup, une tempête de N.W. d'une violence effroyable les surprit et les dispersa sur l'océan. Quelques-uns réussirent à manoeuvrer et à s'abriter près du port de Kérity. Une douzaine, les plus chanceux, parvinrent à regagner le Guilvinec. les autres furent ballottés et disséminés tout le long de la côte. Au matin, les pêcheurs de Lesconil en aperçurent certains qui essayaient désespérément de se réfugier dans le Steïr. Cinq chaloupes furent jetées sur les Glénan mais trois d'entre elles réussirent à repartir le lendemain. Les équipages furent sauvés sauf un mousse de Léchiagat.
Trois ou quatre aboutirent aux environs de Lorient et Belle-lle. De Quiberon, on télégraphia la nouvelle de la découverte de la barque "Volonté de Dieu" complètement chavirée, flottant entre deux eaux. Six chaloupes furent portées manquantes: le Saint-Joseph (6 hommes), le Pont-L'Abbiste (8), le Saint-Fiacre (6) du Guilvinec, le Volonté de Dieu (9), le Saint-Corentin (6), le N.D. de la mer (7) de Léchiagat : soit 44 disparus laissant 32 veuves et 85 orphelins.
Sur proposition du ministre de la Marine, des crédits et des secours d'urgence furent collectés dans tous les ministères et à la présidence de la République.

1897 : Début de la construction de la jetée et des quais

Depuis 1880, la commune du Guilvinec demandait la construction d'une jetée pour protéger l'entrée du port des vents d'Ouest. En 1893, malgré sa situation budgétaire très mauvaise, elle proposa une participation d'un cinquième de toutes les dépenses. Un énorme sacrifice !
Il fallut attendre 1896 pour qu'enfin le projet fût accepté. Avant l'ère du béton, une armée de tailleurs de pierres construisit de 1897 à 1900 une digue de 175m de long mais relativement étroite, protégée par un épais mur côté ouest. Une partie de la jetée fut fondée sur le socle de rochers, mais l'extrémité coudée reposa sur un lit de blocs artificiels placés eux-mêmes sur le sable du chenal.
A la digue furent adjoint un quai jusqu'au vivier Pichot, un terre-plein couvert de pavés et une cale. La construction à peine finie, une seconde cale fut demandée pour désencombrer le môle lui- même et permettre le lancement d'un canot de sauvetage.

25 janvier 1900 : Incendie de l'usine Salles

L'année de la fin du siècle commença pour les Guilvinistes par une vision de fin du monde... Le 25 janvier à 1 h de l'après-midi, un incendie embrasa toute l'usine Aubin-Salles.
A cette époque de l'année, seuls les nombreux soudeurs et ferblantiers y travaillaient à la fabrication des boîtes de fer blanc. Après le chargement d'un grand bidon de gazoline, un apprenti-soudeur chargé de passer la flamme aux ouvriers provoqua une explosion qui communiqua le feu à toute l'usine construite en bois pour la plus grande partie.
Le feu se propagea aussitôt au magasin de conserves de sardines à l'huile, de petits pois et de haricots provoquant de petites explosions en chaîne. Les ouvriers n'eurent que le temps de s'enfuir. Toute la population du Guilvinec accourut immédiatement.
Les gendarmes décidèrent de faire la part du feu afin de sauver les trois habitations attenantes, propriétés de la famille Garo, mais en coupant les toitures. Si le feu avait gagné ces immeubles, c'était tout le quartier de Poul-ar-Palud qui aurait été la proie des flammes. Deux boeufs de l'usine périrent dans l'incendie.
Au coeur de la saison de pêche à la sardine, cet établissement employait 250 ouvriers et ouvrières. La reconstruction se fit rapidement mais en dur. La date 1900 apparaît sur un écusson, en haut du fronton extérieur, accompagnée des lettres A.S. (Aubin-Salles). Propriété de Nantais, l'usine Salles passera aux mains de M. Riom, deviendra la Coop puis Furic alimentaire.
Cette année 1900 fut un cauchemar pour Salles. Au mois d'août, alors que le travail avait repris, un charretier de l'établissement fut écrasé devant le portail d'entrée par son propre camion attelé de deux chevaux et succomba.

18 février 1900: Ouverture de l'Abri du Marin

Jacques de Thézac, passionné de Yachting en cette fin de siècle, fréquenta tous les ports de Cornouaille et apprit à aimer les marins bretons. Il fut touché par leurs qualités humaines, leur intrépidité, leurs souffrances et leur résignation devant les coups du sort. Il découvrit chez beaucoup d'entre eux les méfaits de l'alcoolisme qu'il attribua à leur inactivité au cours des longs mois d'hiver.
Pour les détourner du cabaret, il imagina des maisons où la consommation d'alcool serait interdite mais où ces rudes pêcheurs pourraient trouver des distractions, de la lecture et la pratique du sport. Les abris du marin étaient nés.
C'est sur un terrain situé à Lostendro, au bord de la mer que fut construit l'abri du marin du Guilvinec grâce à la générosité de l'industriel Ouzille. Son succès fut immédiat. Les pêcheurs s'y rendirent en foule et bientôt il s'avéra trop petit. La devise de L'abri "Doué, familh, dever, ar Mour " (Dieu, famille, devoir, la mer) apparaît encore sur la façade de la maison rose de l'arrière-port. L'abri allait rendre d'innombrables services. On pouvait s'y soigner, réparer sa voile, faire la tannée, apprendre la navigation, la télégraphie, lire et se distraire.

27 mai 1900 : L'éclipse

Le 27 mai de cette année des deux 00, la plupart des Guilvinistes, non prévenus, ont été surpris selon le correspondant du journal, en voyant le changement si brusque du temps et ont cru qu'un orage allait éclater; mais bientôt rassurés par le passage de la lune sur le soleil : "ils ont suivi les phases du phénomène de 3h45 à 4h 12 avec une curiosité admirative" (et sans lunettes). Une éclipse d'avance !

1902 : Création de la station de sauvetage

Le 10 mai 1902, la nouvelle station de sauvetage des naufragés recevait son canot, le "Alexandre Van Maseyk", un canot à rames. L'équipage au grand complet alla le réceptionner à Pont-L'Abbé où il arriva par le train. Toute la population du Guilvinec était massée sur les quais pour assister à son arrivée par la mer à force rames. Un banquet réunit à l'hôtel Ameline équipage et comité.
Après des essais concluants par gros temps, une nouvelle cérémonie eut lieu le 4 août en présence du préfet et de Monseigneur l'évêque de Quimper qui donna sa bénédiction devant une foule considérable. Le canot fut ensuite remisé dans son abri situé à proximité du môle.
Le lancement se faisait sur chariot dans le port même par la cale dite "cale ar vag savetaj". A marée basse, il fut bien difficile d'atteindre l'eau profonde d'où la construction plus tard d'un second abri à Men Meur pour les canots à moteur . Le premier abri, transformé en maison d'habitation, est encore reconnaissable par son architecture typique.

1902-1903 : Grave crise de la sardine

La sardine est un poisson capricieux dont les arrivées et disparitions selon les conditions climatiques ou autres furent toujours un souci pour les pêcheurs. Bon an, mal an, elle parvenait toujours à remonter du sud au cours de la saison . Mais au cours de ces années 1902-1903, elle disparut complètement. Les Guilvinistes ne sortaient même plus en mer pour économiser la rogue dont les prix avaient grimpé. La pêche fut quasiment nulle; les usines fermèrent leurs portes, la misère s'installa. Les gains réalisés au cours de la pêche au maquereau avaient fondu et l'hiver fut particulièrement dur. Les familles ne pouvaient plus payer le boulanger, l'épicier, qui accordèrent des crédits.
L'opinion publique française s'émut de cette misère. Des aides diverses furent distribuées dans tous les ports de Bretagne. La municipalité du Guilvinec assura des distributions de pain.
Dans son usine, J. Chancerelle, aidé par les soeurs, organisa des soupes populaires; chacun apportait son écuelle et sa cuiller et recevait une bonne platée. Jusqu'à six cents repas par jour furent ainsi servis.
Les marins se plaignaient du prix excessif de la rogue. Le chef du quartier maritime, dans une lettre adressée au ministre, suggéra de créer des syndicats de pêcheurs afin de .'s'affranchir du joug des intermédiaires pour l'achat de la rogue. J'estime que le groupement des intéressés dans la forme syndicale est l'arme la plus puissante entre les mains des travailleurs pour mettre fin à une exploitation qui la ruine"... ; ce qui fut fait au Guilvinec par la création du syndicat des patrons pêcheurs ou coopérative d'achat.
Conséquence de cette crise: Vers 1903, Soeur Pauline introduisit le point d'Irlande au Guilvinec. Toutes les familles se mirent à faire du picot, même les enfants pour gagner un peu d'argent. Des mètres de dentelle collectés par des ateliers furent vendus à des magasins parisiens. Un artisanat bigouden était né.

1903 : Expulsion des Soeurs de l'Ecole Sainte-Anne

L'école Sainte-Anne fut construite à la suite du séjour au Guilvinec des Soeurs de la Congrégation du Saint-Esprit de Saint-Brieuc, demandées en 1894 par le préfet pour soigner les malades d'une nouvelle épidémie de choléra qui fit 32 morts. Cinq religieuses dont Soeur Pauline enseignaient à 150 élèves répartis en 3 classes.
A cette époque, les rapports entre l'Eglise et l'Etat étaient régis par le Concordat voulu par Bonaparte en 1801. En 1902, arriva à la tête du gouvernement le radical-socialiste Combes, ancien séminariste devenu anticlérical militant. Soucieux de diminuer l'influence de certaines congrégations sur l'éducation de la jeunesse bourgeoise, il leur refusa le droit d'enseigner. La Congrégation des Sceurs du Saint-Esprit fut visée par la loi alors qu'elle enseignait pourtant dans les milieux populaires.
L'expulsion des congrégations non autorisées provoqua en Bretagne des incidents et des manifestations parfois violentes. Les commissaires chargés d'appliquer la loi durent se faire accompagner de gendarmes et de troupes à cheval.
Au mois de juillet 1902, la communauté du Guilvinec vécut dans l'angoisse de l'arrivée des autorités. Des parents d'élèves assuraient la garde, prêts à rameuter la population. Le 8 août, deux commissaires accompagnés de gendarmes et de la troupe se présentèrent tôt le matin devant l'école. La cloche battit aussitôt le rappel. Des femmes sans coiffe, les cheveux en désordre, accoururent de partout, conspuèrent les commissaires et crièrent "Vive les soeurs ! ". Après l'inventaire des meubles, les scellés furent apposés sur la porte d'entrée mais arrachés par des "inconnus". Les soeurs acceptèrent de céder à la force, quittèrent l'école et se réfugièrent dans des familles où elles continuèrent d'enseigner à une poignée d'enfants.
L'école ne fut pas fermée. Elle rouvrit ses portes au mois d'octobre avec des enseignantes en habit laïc.
Somme toute, l'expulsion se fit relativement calmement. Il n'en fut pas de même à Treffiagat où les deux commissaires trouvèrent une foule massée aux abords de l'école. L'entrée était gardée par des défenseurs armés de barres de fer. Les agents de l'autorité furent accueillis par une grêle de pierres. Il fallut faire appel à des renforts du 118" de Quimper. Les scellés furent arrachés par M. Le Gouvello de la Porte qui fut convoqué au tribunal.

1905

Après le naufrage du "Marengo", patron Henri Kersalé, perdu corps et biens avec 11 hommes à 10 milles au large des Etocs et dont aucun ne fut retrouvé, "l'Amiral Gervais", sorti un dimanche soir pour mouiller ses filets de maquereaux alors que la mer forcissait, disparut lui aussi avec 8 hommes; on retrouva ses filets à la dérive.

1906 : Inventaire des biens de l'Église

Le successeur de Combes appliqua la loi de séparation des Églises et de l'Etat votée en 1905.
Ce fut la fin du Concordat; le budget des cultes fut supprimé et les biens de l'Église devaient être rétrocédés à des associations de fidèles dont le pape refusa la constitution. Cela créa un climat détestable et l'État finit par confisquer les biens.
Le 12 mars 1906, le fonctionnaire chargé de l'inventaire fut accueilli au Guilvinec au son du tocsin qui rameuta trois mille fidèles déjà sur le pied de guerre. Il ne put remplir sa mission.
La confiscation des biens de l'église du Guilvinec apparut aux fidèles comme une injustice flagrante compte tenu de la construction récente de l'édifice en partie réalisée grâce aux dons.
L'administration remit au 20 novembre la seconde tentative, mais cette fois avec des gendarmes et cinquante cuirassiers. La troupe n'eut pas à intervenir car ta population se rassembla trop tard à cause de l'effet de surprise et de la rapidité de l'inventaire. Par la suite, le conseil de fabrique refusa de céder les biens, les valeurs et les titres à une quelconque association de fidèles.

1907 : L'arrivée du train au Guilvinec

Suite aux demandes répétées des élus, le pays bigouden sud obtint en 1907 sa ligne de chemin de fer, mais à voie étroite entre Pont-L'Abbé et Saint-Guénolé. Par moquerie, on le désigna sous le nom de train birinik car il se rapprochait des côtes rocheuses.
Le Guilvinec eut sa gare au nord du Château de Kergoz, alors à l'extérieur de la ville. Ce fut surtout un train de voyageurs, mais quelques wagons furent réservés aux marchandises issues des ports, conserves, un peu de marée, filets, etc. Les jeunes gens et les jeunes filles prirent l'habitude les jours d'hiver de se rendre en foule à la gare pour assister à l'arrivée du dernier train de l'après- midi. Il y avait toujours un permissionnaire de la marine à accueillir, surtout au cours de la guerre 14-18.

1908 : Le lion du bois de Tréffiagat

Le bruit courut au Guilvinec comme une traînée de poudre, qu'un redoutable lion échappé d'une ménagerie de passage à Quimper s'était réfugié dans le bois de Treffiagat. Le superbe cheval de la ferme du Vivier en aurait été la victime. La nouvelle aussitôt connue, les tartarins locaux se concertèrent et, n'écoutant que leur courage, organisèrent une battue. Un groupe de deux à trois cents personnes comprenant les chasseurs armés de fusils, des marins disponibles, des enfants, prirent gaillardement le chemin de Treffiagat, se renforçant une dernière fois de badauds au passage de Lostendro. Tous à la chasse au lion! Arrivés au bois du Comte Le Gouvello de la Porte, on leur fit comprendre que le lion n'était qu'un âne... Mais quelle crédulité ! Marris et honteux, les braves chasseurs prirent des chemins détournés pour rentrer chez eux.
L'auteur de la fausse nouvelle ? Un certain farceur, Alain Berrou, coutumier du fait.

1910 : Grande mission catholique

Issus des campagnes, les Guilvinistes avaient gardé à la fin du siècle dernier un sentiment religieux profond. La bénédiction de la mer attirait une foule considérable; la plupart des pêcheurs y participaient en conduisant leur barque.
Les patrons ne manquaient pas de placer leur chaloupe sous la protection divine et l'on ne comptait plus les noms de saints ou le nom de Dieu lui-même pour dénommer leurs bateaux.
Phénomène connu dans tous les ports, au siècle suivant: la fréquentation de l'église connut un recul progressif chez les marins. Ceux-ci ne respectaient pas toujours le jour du Seigneur, en allant en mer le dimanche. Selon un rapport des autorités ecclésiastiques, les jeunes Guilvinistes faisaient trop de promenades nocturnes l'hiver. Ils aimaient trop la danse et les fêtes comme les Gras.
Bref, il était temps de raviver la foi chrétienne. Une grande mission se déroula du 2 au 29 janvier pour toute la population. Dans une église comble, décorée de filets bleus, journées de prières, conférences, sermons, communions par milliers, bénédictions par des missionnaires se succédèrent sans fin. La mission ne faillit pas à la tradition; on ne manqua pas d'ériger une croix en souvenir des marins péris en mer devant le mur du cimetière où des plaques apposées rappellent les naufrages et les noms des disparus. On peut lire aujourd'hui encore sur cette croix: "À la mémoire des marins péris en mer -Donnez-Ieur le repos éternel -Mission de 1910".

1912-1914 : Débuts de la pêche aux langoustines

En 1912, on vit apparaître timidement les langoustines dans les bulletins de pêche du Guilvinec, mais dans les statistiques du port de 1914, elles furent confondues avec les crustacés divers. Pourtant, depuis quelque temps, les pêcheurs guilvinistes en découvraient dans les grandes mailles de leurs "filets-dragues" adaptés plutôt à la pêche aux poissons plats. Juste avant 1914, les mareyeurs se lancèrent progressivement dans la commercialisation régionale de la langoustine vivante, et ce fut un déclic. Pendant la guerre, les petits dragueurs à perche et à voile raclèrent les fonds à la richesse insoupçonnée.
La diminution des maillages permit la pêche de palanquées de langoustines. Les usines, et principalement Larzul de Plonéour, mirent en boîte les queues, donnant un coup de fouet à la production. Il en résulta un essor de la construction des canots dragueurs.
Néanmoins, cette pêche resta longtemps une pêche d'appoint. Au temps de la navigation à voile, il fallait un bon vent pour traîner la drague. L'été, canots et chaloupes reprenaient leur activité saisonnière. Vendues par paniers sans différencier les grosses des petites, les langoustines virent leur taille diminuer par suite de nouveaux rétrécissements des maillages. Puis les paniers à leur tour perdirent peu à peu de leur volume pour tenter d'abuser les mareyeurs.
Le rôle des langoustines dans la pêche guilviniste progressant (bientôt 85 canots dragueurs), la fête des langoustines avec élection d'une reine devint la plus grande fête de la ville.

1914 : La mobilisation et la guerre

La plupart des Guilvinistes en âge de combattre furent mobilisés dans la Marine Nationale.
Mais le trop-plein des équipages, souvent constitué des plus jeunes, fut incorporé dans la brigade de fusiliers-marins de l'Amiral Ronarc'h engagée en 1914 à Dixmude et sur I'Yser en Belgique, contre un ennemi bien supérieur en nombre. Beaucoup de Guilvinistes participèrent à ces batailles; 12 y laissèrent leur vie pour barrer la route à l'invasion qui aurait pu prendre le plus gros de l'armée à revers. Plus tard, d'autres marins furent versés dans des bataillons d'infanterie coloniale et combattirent sur la Marne, à Tahure, Verdun (près de 100 tués).
La guerre s'étant étendue à la Méditerranée orientale, la marine participa à l'expédition des Dardanelles et au débarquement à Salonique (10 tués à terre, une dizaine torpillés sur le Danton, le Bouvet, le Léon Gambetta, etc...). En tout, 160 tués ou disparus mais surtout dans la guerre à terre.
Comme partout, l'armistice du 11 novembre fut fêté au Guilvinec. Une foule joyeuse manifesta dans la grand-rue, s'attardant devant la maison de Madame Morizoo-Ameline, veuve d'un officier tué au front, qui au piano joua tous les airs patriotiques, pleurant et chantant à la fois.
La guerre fut suivie en 1918-19 d'une terrible épidémie de grippe espagnole qui terrassa des dizaines de Guilvinistes.

1919 : Le Guilvinec devient chef-Iieu du quartier maritime

Avant 1919, les numéros d'immatriculation des bateaux du Guilvinec étaient précédés de la lettre Q, Quimper, siège de l'inscription maritime. Au 19e siècle, les petits ports bigoudens ne possédaient pas d'immeuble suffisamment grand pour loger le bureau des affaires maritimes.
Un syndic représentait l'Administrateur au Guilvinec assurant les inscriptions sur le rôle.
L'extension du port devenue conséquente, l'éloignement des différents services eut de multiples inconvénients. La marine décida de transférer les bureaux de l'administration et les archives datant de Colbert dans le bâtiment nouvellement acheté sur la grand-rue, l'ancien Hôtel de l'Océan.
A partir de 1919, les immatriculations des ports bigoudens jusqu'à Bénodet portèrent les initiales GV.

1924 : Débuts de la motorisation de la flottille

La motorisation, largement utilisée dans les armées, eut des effets bénéfiques dans le secteur de la pêche. Louis Le Cleac'h, patron pêcheur surnommé "Ar lapin", qui avait déjà innové dans sa chaloupe en y installant une petite glacière, adapta de petits moteurs aux annexes sardinières. Cela permit d'évoluer plus vite sur les lieux de pêche, voire de retourner au port par temps calme à la vente de la sardine. Tous les patrons bientôt l'imitèrent.
L'année suivante, il équipa la chaloupe elle- même d'un moteur d'appoint. Les canots dragueurs de langoustines firent de même. La belle chaloupe sardinière conçue pour naviguer à la voile n'était pas vraiment adaptée à ce type de propulsion. Elle allait progressivement connaître un déclin irréversible, concurrencée dès 1927 par les petites pinasses motorisées plus effilées, plus rapides. "Ar lapin", un novateur! Que son surnom ne soit pas oublié !

1926 : Les grandes grèves des ouvrières des conserveries

Ce fut au Guilvinec, l'un des évènements les plus marquants de la première moitié du siècle tant par sa soudaineté que par son ampleur. Il est resté dans la mémoire collective comme le symbole de la lutte ouvrière, pourtant dans un monde assez peu syndicalisé, grâce à son slogan revendicatif "Pemp real a vo" (traduction littérale : "Ce sera 1 franc 25", le tarif horaire réclamé, soit une augmentation conséquente de 22 centimes), et surtout par l'image, immortalisée depuis, des Bigoudènes défilant drapeau rouge en tête.
Le mouvement revendicatif commença le 26 juillet à Lesconil "la rouge" en pleine période de sardines. Les ouvrières décrétèrent la grève, et pour ne pas rester isolées, décidèrent de manifester dans les rues du Guilvinec pour étendre leur mouvement.
Devant l'usine Paul Chacun, elles tentèrent de débaucher le personnel, puis à la Société brestoise, et enfin chez Riom rue Poul Ar Palud. Les ouvrières guilvinistes pour la plupart, se mirent en grève et manifestèrent dans les rues en chantant l'internationale. Une brave bigoudène qui ne parlait pas le français, chantait quand même "c'est la lune finale".
Il en résulta quelques incidents; des patrons ou gérants furent conspués. Les marins en arrêt forcé de travail, soutinrent les ouvrières, leurs épouses, leurs filles.
Pour mieux structurer le mouvement, Charles Tillon, délégué de la CG TU, arriva au Guilvinec. Il harangua les grévistes, réclama 1 ,35 F de l'heure et l'échelle mobile des salaires.
Une manifestation à Pont-L'Abbé tenta d'entraîner le personnel de l'usine Béziers. La grève dura près d'un mois. Finalement le patronat accepta le prix d' 1 ,25 F. "Pemp real a zo bet".
La plupart des ouvrières furent reprises sauf des déléguées syndicales. Mais Marcel Chacun, déçu par le comportement des ouvrières à son égard, déclara qu'il n'habiterait plus Le Guilvinec.
Tillon fut acclamé après avoir participé aux négociations. En raison d'une ressemblance frappante avec le futur ministre de la 4e République, un brave marin-pêcheur de Men-Meur fut, à vie, surnommé Tillon !

Décembre 1928 : Ouverture de l'usine Chemin de Men Meur

Dans l'ancienne glacière d'Emile Le Corre, rue de Men Meur la société Chemin qui avait déjà une usine à Douarnenez, en construisit une autre. Ses conserves portèrent la marque "Capitaine Cook". Il était prévu de lui adjoindre un atelier de dégradats qui assurerait entre autres le traitement des foies de poissons.

1929 -29 décembre: Sauvetage du trois- mâts polonais, le "Pomorze"

Le 29 décembre, un trois-mâts polonais de 80 m de long, venant de Saint-Nazaire, remorqué par un vapeur qui le conduisait au Danemark, pour y être réarmé, était en perdition dans la tempête au large de Penmarc'h. Son amarre rompue, le Pomorze dérivait vers les Etocs et allait s'y fracasser.
L'équipage pourtant réussit à jeter l'ancre à temps, maintenant le navire dans une position très délicate parmi les rochers, mais miraculeusement indemne. A son bord, neuf hommes et une femme, épouse du second, en voyage de noces !
Sur la côte, l'alerte avait été donnée. Les canots de sauvetage à rames de Penmarc'h et le "Vice- amiral Duperré" du Guilvinec, commandé par J.L. Court ès, se portèrent à son secours.
Toute la population fut tenue en haleine, le Pomorze risquant à tout moment de briser sa chaîne sous les coups de boutoir de la mer. Grâce à son moteur, "Vice-amiral Duperré" du Guilvinec réussit à sauver l'équipage et le conduisit au Guilvinec où il fut réconforté (les autres canots de sauvetage furent endommagés). Le lendemain, la mer s'étant calmée, le "Vice-amiral Duperré" réembarqua l'équipage polonais et sortit le Pomorze de sa position dangereuse. Le vapeur le reprit en remorque et parvint au Danemark sans encombre.
Le gouvernement polonais voulut remercier officiellement la ville du Guilvinec et les courageux sauveteurs. Le 12 mai 1930, une grande fête fut organisée sous le patronage du Consul avec le concours de la musique municipale et celle du 118e de Quimper.
Toute la population se réunit sur la place de l'église où une estrade fut montée pour recevoir les personnalités, députés, sénateurs, préfet, amiraux, maires, etc... De nombreux discours en hommage aux sauveteurs furent prononcés. Monsieur Le Consul remit la médaille de sauvetage polonaise au patron J.L. Court ès et à ses canotiers. Un grand moment !
Monsieur Le Maire, Eugène Kernaflen, remercia toutes ces personnalités de leur présence et la fête se termina par un défilé et un banquet à l'hôtel du Centre.

1930 -26 juillet: Pose de la première pierre du môle-abri

Pour empêcher les houles dangereuses venant du sud et de l'ouest de pénétrer dans le port, les autorités locales réclamaient depuis longtemps la construction d'un môle. Long de 320 m, il se fixerait sur les rochers de Faoutès et se refermerait sur la jetée du Guilvinec, laissant une passe de 150 m de large. Dans un second temps, ce môle joindrait Faoutès à la digue de Léchiagat, petit tronçon de 90 m construit en 1909, soit 150 m de plus.
Un énorme chantier installé à la pointe de Léchiagat fabriqua des milliers de blocs en ciment armé de 12 à 22 tonnes dont certains étaient destinés à être immergés. Un petit train venant de la carrière de Kéristin apportait les pierres qui passaient ensuite au concasseur.
Le 26 juillet 1930, les invités furent conduits par la vedette du chantier à bord d'un ponton sur lequel le premier bloc était déjà suspendu à un portique au-dessus de l'eau. Au signal de l'ingénieur se fit l'immersion guidée par un scaphandrier sur la base d'enrochement. Un second bloc fut aussitôt ajusté au premier.
Discours et vin d'honneur à l'hôtel du Guilvinec clôturèrent la cérémonie présidée par Monsieur Kernaflen, maire, car une grande partie des dépenses de construction était à la charge de sa commune. Les travaux durèrent deux ans.

1934 : Le premier malamok

La pêche guilviniste spécialisée dans la production de langoustines et de poissons nobles du jour restera longtemps liée à un type de bateau à la silhouette caractéristique, le "malamok" ou petit chalutier en bois qui évoluera progressivement en taille et en puissance motrice.
Les ports du sud comme Concarneau, Lorient avaient déjà conçu ce type de bateau avant 1930 en adaptant aux petites unités le procédé de chalutage à panneaux des grands vapeurs. L'un d'eux de Lorient s'appelait le "Malamok", un nom à résonance bizarre dont le sens échappa longtemps aux Guilvinistes qui croisaient dans les parages (c'est le nom d'un oiseau de mer).
Ces derniers en firent pourtant l'éponyme désignant tous ses semblables.
Les jeunes frères Quiniou Félix et Marcel du Guilvinec gréèrent en 1934 le "Ernest Zégut", une belle pinasse rapide construite par les Hospitaliers bretons pour S. Tirilly, en l'équipant de fermes, d'un treuil, de panneaux et d'un chalut conçu par Y. Le Prince, ancien patron lorientais d'un grand chalutier-fer, fondateur d'un atelier de fabrication de filets à Léchiagat.
Le malamok guilviniste venait de naître.
Les résultats ne se firent pas attendre dans les pêcheries de merluchons et de langoustines des canots dragueurs. Entre temps, la pêche aux langoustes, concurrencée par les apports étrangers et particulièrement ceux d'Afrique du Sud, subit une grave crise. Les patrons de Léchiagat vendirent ou abandonnèrent alors leurs langoustiers pour faire construire des "malamoks" tout neufs en gardant la forme effilée des pinasses, mais en renforçant leurs membrures et en les dotant d'une cabine, tels le "Pacifique", le " Léon Gambetta" ...
Les patrons des pinasses sardinières ne furent pas en reste. Toutes furent gréées en "malamocks" pour la pêche d'hiver.
Dans les années 50, ce seront plus de 120 malamoks de 14 à 17 rn qui sortiront des chantiers guilvinistes mais le mot "malamok" sera assez peu utilisé par les marins eux mêmes pour désigner les nouveaux chalutiers-thoniers.

1935 : Victoire des communistes aux municipales

On l'a dit, les partis conservateurs furent peu influents au Guilvinec; François Le Berre, républicain radical resta 21 ans à la tête de la commune. En 1919, le radical-socialiste Jean Le Cleac'h dit "Calopic", patron-pêcheur, fut élu maire; à ses côtés, Eugène Kernaflen premier adjoint, un ancien du petit séminaire, comptable à Nantes, mais revenu au Guilvinec reprendre l'affaire familiale. En 1925, les positions des deux hommes furent inversées. Eugène Kernaflen, ami du député Le Bail prit la tête de la mairie avec Calopic premier adjoint. Rebelote en 1929. Entre temps, les partis socialiste et communiste avaient pris de l'envergure comme au plan national.
Aux élections de 1935, quatre listes se présentèrent devant les électeurs, celle du maire sortant, la liste républicaine, laïque et socialiste, celle de Guillaume Le Bec, socialiste, celle de Pierre Maréchal du Bloc ouvrier, paysan et marin (communiste), et la liste d'union républicaine d'inspiration chrétienne de Jean-Marie Biger, un patron-pêcheur influent très estimé. Ce fut ce dernier d'ailleurs qui obtint le plus de voix. Dans l'ensemble, le P .C. avait une légère avance. Estimant sans doute que chacune gardait sa chance, les quatre listes se maintinrent au second tour. Surprise le 12 mai, 19 sur 23 candidats de la liste communiste furent élus à la majorité relative, soit 451 voix pour Marc Scouarnec sur 1134 votants. Les trois autres têtes de liste passèrent également, dont Jean-Marie Biger que d'aucuns appelaient le "communiste chrétien".
P. Maréchal, patron-pêcheur, refusa la charge de maire, arguant du fait qu'il séjournait de longs mois au Croisic à la pêche à la sardine. Marc Scouarnec qui pratiquait la petite pêche sur son canot "Karl Marx" vendit ce dernier pour un plus petit.
Ce fut une surprise dans le département, mais ce ne fut pas la seule. A Treffiagat, l'union populaire de Jean Le Coz devança d'un siège la liste radicale. Jean Désiré Larnicol, 25 ans seulement mais disponible, accepta d'être maire après quelques hésitations. Le Guilvinec, Treffiagat, Concarneau: les trois mairies communistes du département.

1936 : Le Front populaire

La nouvelle municipalité du Guilvinec ne se contenta pas de gérer les affaires de la commune.
Des discussions politiques, en cette période d'effervescence idéologique, animèrent les réunions du conseil municipal. Des motions furent plusieurs fois expédiées au Préfet, comme la demande de suppression des ligues nationales factieuses (Croix de feu, etc).
Aux législatives de 1936, l'union fut appliquée au deuxième tour. Marc Scouarnec et P. Maréchal organisèrent un service de car pour rameuter les électeurs de gauche en pêche au Croisic, au bénéfice du radical G. Le Bail de Plozévet qui l'emporta de 14 voix seulement sur son adversaire "blanc" Queinnec.
Après les élections, le comité local du Front populaire organisa une fête de la victoire à Pont- L'Abbé. Les manifestants au retour défilèrent dans les rues du Guilvinec, drapeau rouge en tête. Ils se rendirent à la place de la cale où Marx Scouarnec prononça une allocution. Puis le groupe se disloqua devant la mairie en chantant la Marseillaise et l'Internationale.
Le conseil municipal condamnera les accords de Munich auprès du Préfet. Mais à la suite du pacte germano-soviétique, l'équipe municipale avec les quatre élus non communistes sera déchue et remplacée sur ordre de Daladier par une délégation spéciale dirigée par Monsieur Pérodeau, receveur des P.T.T.

1937 : Développement de l'émigration des Guilvinistes vers les ports du sud

Commencées au début du siècle au temps des chaloupes à voile en raison de la raréfaction de la sardine sur nos côtes, les migrations guilvinistes vers Quiberon et Le Croisic ont drainé de mai à novembre plus de mille marins des équipages de 80 à 90 pinasses.
Si l'on compte les familles des patrons et de beaucoup de matelots, les ouvrières d'usine qui  allaient faire la saison tout le long de la côte, ce furent plus de 2000 personnes qui partirent vers le sud, vivant chez l'habitant dans des conditions souvent précaires.
Le mouvement s'amplifia par le départ de différents services (mareyeurs, commerçants, constructeurs, usiniers même, etc...) vers les bases avancées que furent Le Croisic et Quiberon proche des lieux de pêche poissonneux.
Ces migrations saisonnières furent à l'origine d'implantations définitives de centaines de Guilvinistes sur ces rivages ensoleillés. Ce mouvement à n'en pas douter aurait progressé considérablement si la guerre de 1939 ne l'avait pas stoppé net surtout vers Quiberon.

1938 : Création du cours complémentaire mixte sous la direction de Tudy Prigent. Évènement majeur. Le CC donna à beaucoup d'enfants du Guilvinec et de Léchiagat la possibilité de poursuivre des études secondaires jusque là limitées à un petit nombre.

1939 : L'arrivée des réfugiés espagnols

Ce fut un drame qui impressionna vivement la population guilviniste. La vue de ces femmes, enfants, vieillards, miséreux, démunis, mal vêtus, tristes, est restée dans les mémoires.
La guerre civile espagnole entre les troupes républicaines et les nationalistes du général Franco jeta des centaines de milliers de réfugiés sur les routes. Fuyant devant les troupes franquistes, ils franchirent les Pyrénées.
La municipalité de gauche du Guilvinec se porta volontaire pour en accueillir. Un comité composé du Maire, d'adjoints et de personnalités comme A. Biguais, J.Nadan, fut mis sur pied pour subvenir à leurs besoins. Une cinquantaine environ, venus de Barcelone, furent logés dans l'ancienne poste, mais mis aussitôt en quarantaine en raison de maladies qu'ils pouvaient véhiculer. La population fut sollicitée pour leur offrir ustensiles, matelas, vêtements, victuailles.
Ils séjournèrent au Guilvinec jusque la fin de 1939. José Soler joua même à l'USG. Puis ils furent évacués vers l'Ile Tudy où ils logèrent dans une usine. Vers 1942, ils franchirent la ligne de démarcation vers la zone sud pour tenter de retrouver leurs proches internés dans les camps de Gurs et d'Argeles. La plupart ne retournèrent plus en Espagne.