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120 années d'histoire au Guilvinec
Faits marquants et grandes dates - Par Pierre Jean BERROU
1) 1840 à 1939
1940 -15 mai: Drame en mer dans une pinasse
La pinasse "Marie" commandée par le patron Eugène Tirilly, à la barre, arrivait sur les lieux de pêche au maquereau de dérive à 50 milles au noroît de Penmarc'h. A ses côtés, Louis Jégou, l'homme de quart. Les autres matelots se reposaient dans le poste avant, attendant l'heure de la mise à l'eau des filets pour la pêche de nuit.
Le vent soufflait de nord ouest; de petits paquets de mer s'écrasaient sur le pont; l'écoutille de ce fait était en partie rabaissée. Vers 19 heures, le patron stoppa la pinasse, c'était l'heure de prévenir les hommes. Le matelot de quart appela, mais ne reçut aucune réponse. Il insista puis inquiet, descendit dans le poste et là, fut frappé de stupeur. Tous les matelots étaient inanimés, asphyxiés par les émanations d'oxyde de carbone dégagé par le moteur, séparé pourtant du poste par une cloison. Sept hommes étaient déjà morts; seul Henri Le Cleac'h, 19 ans, près de l'écoutille, respirait encore.
Escorté par le "Devoir" et le "Simone et Marcelle", le "Marie" rejoignit Le Guilvinec vers 4 heures du matin. Ce fut trop tard pour le rescapé qui, le lendemain, mourut à l'Hâtel-Dieu de Pont- L'Abbé.
Parmi les malheureux pêcheurs qui n'avaient pas été mobilisés en cette année de guerre, un père de sept enfants, Jean Jolivet de Lostendro, 45 ans.
Les obsèques des sept marins décédés le 15 mai furent suivies par une foule considérable.
Tout le monde maritime était là, mais beaucoup de pêcheurs ne trouvèrent pas de place dans l'église comble bien avant l'heure de la cérémonie. Les sept cercueils arrivèrent par un autocar et furent placés au centre de la nef. Chaque famille prit place derrière son parent proche décédé. Jamais Le Guilvinec n'avait assisté à des funérailles si émouvantes. Le lendemain, le jeune Henri Le Cleac'h rejoignit au cimetière ses sept compagnons.
20-22 juin 1940 : Arrivée des Allemands et départs de Guilvinistes vers l'Angleterre
En ces mois de mai et de juin 1940, l'histoire du Guilvinec rejoignit la grande histoire nationale. L'offensive allemande dans les Ardennes chassa devant elle des millions de personnes. Le Guilvinec accueillit une petite colonie de réfugiés du Nord que la municipalité répartit chez l'habitant par réquisition. Ceux de Boulogne séjourneront chez nous jusqu'à la fin de la guerre.
L'arrivée des Allemands aux abords de Brest vers le 19 juin provoqua une panique parmi les marins mobilisés. Certains d'entre eux s'enfuirent par mer, d'autres rejoignirent leur domicile par la route.
Le 20 juin, des motocyclistes et des auto- mitrailleuses couvertes de branchages constituant l'avant-garde allemande, atteignirent notre port et réquisitionnèrent des cantonnements pour les troupes qui devaient suivre.
L'armistice contraignit les hommes mobilisés à se constituer prisonniers sous peine de représailles. Des officiers-mariniers de carrière, des pêcheurs mobilisés qui ne voulurent pas se livrer décidèrent de rejoindre la marine française en Angleterre. Ils entraînèrent avec eux des jeunes gens qui ne voulaient pas subir l'occupation. Deux malamocks volés à leur armateur, le "Korrigan" et le" Mouscoul", puis le canot "Petit Manuel" quittèrent le port la nuit; et route vers les îles britanniques.
Accueillis par les émissaires du Général de Gaulle qui avait lancé le 18 juin un appel à la résistance, ils s'engagèrent à ses côtés. Voilà des Guilvinistes parmi les tout premiers compagnons de la "France libre". Cinq d'entre eux se destinèrent à l'espionnage entre la France et l'Angleterre dont l'un avec d'Estienne d'Orves. Dix autres choisirent de combattre dans le bataillon de fusiliers-marins aux côtés des Anglais; le reste préféra l'embarquement sur des navires ralliés où ils retrouvèrent d'autres compatriotes comme Roger Guillamet du Rubis.
Alors que plus de 100 000 militaires avaient transité par l'Angleterre en cette fin de mois de juin et regagné l'Afrique du Nord ou la France, il est bon de souligner que de jeunes civils, marins- pêcheurs du Guilvinec, avaient choisi la Résistance.
Après les combats fratricides de Syrie dans la 1 er D.F.L., les fusiliers-marins participèrent à la prestigieuse bataille de Bir Hakeim, à celle d'El Alamein, firent les campagnes de Tunisie, d'Italie, de France. Les rescapés guilvinistes du régiment de fusiliers-marins, vétérans parmi les vétérans furent parmi les tout premiers de l'armée alliée à atteindre le Rhin en Alsace en janvier1945.
1942-43 Ouverture de l'école d'apprentissage maritime
Jusqu'à cette date, la formation des marins passait par l'école de pêche qui leur donnait les premiers éléments de navigation. Dès 1907 les cours furent dispensés par les instituteurs dans l'enceinte même de l'école des garçons. Puis une école spéciale fut construite Rue de Lohan mais l'enseignement restait sous la dépendance de l'instruction publique.
En 1942, il en fut autrement; l'E.A.M. fut une structure créée en relation avec l'administration de la marine. Des baraques sortirent du sable d'un terrain vague dunaire, utilisé auparavant par un atelier de corderie. La classe 471 la première appelée à l'E.A.M., était déjà embarquée depuis plusieurs années. Des ateliers de forge et de menuiserie complétaient les salles d'enseignement général et de navigation. La formation ne durait qu'un an.
12 juin 1944 : Grande rafle de l'armée allemande: départ vers l'Allemagne de 55 réfractaires au travail forcé
Après quatre années d'occupation allemande plutôt calme, le 12 juin 1944, Le Guilvinec et Léchiagat furent réveillés au petit matin par des vociférations et des coups de crosse sur les portes. Un bataillon de Russes blancs combattant sous l'uniforme allemand, cantonné à Plomeur venait d'encercler l'agglomération et sous la menace des armes rassemblait toute la population adulte masculine et la dirigeait vers Men Meur.
Ici et là quelques coups de feu éclatèrent visant ceux qui tentaient d'échapper à la tenaille. Certains réfractaires ou patriotes ne furent pas débusqués car en prévision d'une rafle toujours possible, ils avaient prévu des cachettes insoupçonnables.
Pourquoi cette rafle ? C'était, après le débarquement du 6 juin en Normandie, la réponse allemande au coup de main prématurément opéré au bourg de Plomeur par les Francs Tireurs et Partisans qui avaient retenu prisonniers deux Russes blancs.
Après plusieurs sélections parmi les 2000 hommes arrêtés, ne furent retenus que les réfractaires qui n'avaient pas répondu sans raison valable à la réquisition du S.T.O. (Service Travail Obligatoire). 55 jeunes gens de 20 à 25 ans prirent le chemin de l'Allemagne jusqu'en Haute Silésie. A Heydebrek près d'Auschwitz, la plupart durent travailler pour l'industrie de guerre allemande dans l'usine de l'I.G. Farben. Trois d'entre eux, emprisonnés, interrogés, torturés à Pont-L'abbé furent dirigés vers les camps de concentration d'où ils ne revinrent pas. Un événement profondément ancré dans les mémoires.
Août 1944 : Départ des Allemands - Libération du Guilvinec
Après la percée des troupes américaines en Normandie et leur pénétration en Bretagne, à la fin juillet 1944, les Allemands abandonnèrent les ports secondaires comme le Guilvinec pour se concentrer à Lorient ou à Brest protégé par le point d'appui du Menez Hom.
Le 4 août, le drapeau tricolore fut hissé au sommet du clocher de l'église Sainte Anne. Les organisations de Résistance sortirent alors de l'ombre: les F.T.P. qui avaient participé à quelques coups de main et à un trafic d'armes à Léchiagat, Libé-Nord qui regroupa sous le sigle F.F.I. de jeunes soldats sans uniformes commandés par le lieutenant L. le Drézen directeur de la fabrique de filets de Léchiagat.
La foule des Guilvinistes défila joyeusement dans la ville mais manifesta sa désapprobation devant les maisons de quelques "collaborateurs". Des pillages de locaux abandonnés par la troupe s'en suivirent. Un comité de libération fut nommé et une délégation spéciale fut chargée d'administrer la commune et de procéder à une petite "épuration".
Un combat naval dans la Baie d'Audierne donna aux F.F.I. l'occasion de faire 45 prisonniers allemands. Puis ce furent les opérations d'Audierne contre des ennemis retranchés et ceux de la Presqu'île de Crozon par le bataillon "Antoine Volant".
Après l'intégration des F.F.I. et des F.T.P. dans l'armée, ce fut l'affectation sur le front de Lorient où le capitaine Le Drézen trouva la mort sous les balles allemandes au cours d'une patrouille (janvier 45).
Avril 1945 : Élections: 4 femmes au conseil municipal
Avant la rentrée au pays de tous les prisonniers, des déportés, des travailleurs forcés ou des militaires, les élections municipales furent organisées en avril 1945. Marc Scouarnec revenu en septembre 1944 de son camp d'internement de Voves, prit la tête d'une union patriotique qui réunissait socialistes et communistes dont 4 femmes: une première! Contre une liste menée par J. Lavalou, résistant gaulliste. Le Général de Gaulle ayant donné le droit de vote aux femmes, les résultats de l'élection dépendaient d'une inconnue. L'union patriotique emporta tous les sièges au premier tour, Mme Biguais-Joliff Gabrielle arrivant en tête des suffrages. Marc Scouarnec fut réélu maire et Jean Le Brun déporté à Buchenwald, 1er adjoint. Mme Biguais, élue socialiste devint le 2. adjoint.
1947 : Tempête terrible du 3-4 avril: 25 hommes périssent en mer
Après le naufrage de la "Bretagne" de Léchiagat le 6 mars 1946 avec 9 hommes à bord dans les parages d'Armen, le port fut de nouveau endeuillé en ce début d'année 1947. La saison de pêche au maquereau de dérive battait son plein; les pinasses mouillaient leurs filets la nuit à près de 80 milles des côtes. Elles ne disposaient pas encore des moyens radio capables de recevoir les avis de tempête.
Dans la nuit du 3 au 4 avril, 25 maquereautiers du port furent surpris par une terrible tempête. Le relevage des filets fut long dans une mer déjà grosse le matin du 3. Le" Rosier fleuri" fit aussitôt route terre qu'il n'atteignit qu'au début de la nuit. La mer était blanche partout. En empruntant le chenal à marée basse, une lame de fond le submergea et jeta 11 hommes à la mer dont le patron S. Cossec. Moteur noyé, le "Rosier fleuri " rentra à terre à la voile avec 4 rescapés, Antoine Gloanec à la barre.
Le lendemain, la foule des familles attendait anxieuse la rentrée des 18 bateaux encore en mer. Certains d'entre eux furent aperçus près de Concarneau ou Quiberon complètement égarés. Des épaves rejetées à la côte laissèrent à penser que le "Louis Alice" une pinasse de 13m, commandée par Louis Doaré, avait sombré non loin du port avec 10 hommes à bord. Un autre bateau, l'"Edith Cavell", un palangrier de 8m fut retrouvé à la pointe de Trévignon. Les 4 hommes de la famille Pichavant avaient disparu.
25 disparus dans la même nuit! Un comité d'aide aux familles des péris en mer fut constitué sur l'initiative des élus locaux. Le premier président en fut J. Désiré Larnicol, conseiller général de Pont-L'abbé. M. Marc Scouarnec, maire du Guilvinec et M. P. Queffelec, maire de Treffiagat en furent les vice-présidents.
1948 : Le nouveau train de marée
Après la guerre de 39-45, l'abondance des poissons pêchés au chalutage côtier par suite du renouvellement de la ressource, fut telle qu'un projet de mise à la voie normale de la ligne Pont- L'abbé -Saint Guénolé mûrit chez les usagers. La cheville ouvrière en fut M. Emile Le Corre, l'un des principaux mareyeurs du Guilvinec. Le train birinik avait vécu! Après un an de travaux, le changement de rails et la mise à l'écartement normal, permirent à la marée du jour de gagner la capitale en quelques heures par des wagons frigorifiques, sans transbordement. Néanmoins le transport de voyageurs fut supprimé.
1949 : Ouverture de l'école religieuse de garçons
Depuis la fondation de la paroisse, il n'existait pas d'école catholique de garçons au Guilvinec mais les soeurs acceptaient les petits garçons en maternelle, puis ces derniers devaient changer d'établissement à leurs 6 ans, le plus souvent en allant à l'école publique ou alors en pension chez les frères à Treffiagat.
Après la guerre, la paroisse décida de créer une école de garçons et pour cela fit l'acquisition du manoir de Kergoz et de ses dépendances, un parc aux arbres séculaires. Le domaine, propriété d'un Pont-l'abbiste, après bien d'autres, avait été bien mal utilisé depuis des décades. Pendant la guerre, le manoir avait servi de caserne aux Allemands qui avaient en outre monté plusieurs baraques dans la cour.
En raison de l'extension du cours complémentaire, l'école publique des garçons manqua de place. Plusieurs classes primaires firent la rentrée 44 dans les baraques allemandes. Le choix de la paroisse s'avèra donc peu judicieux. La municipalité entama alors une procédure d'expropriation du manoir de Kergoz qui aboutit au bout de quelques années. L'école Saint Joseph, en conséquence fut construite à l'étroit dans la cour du patronage, créé en 1930 pour des activités théâtrales et sportives mais déjà transformé en cinéma.
1949 : Début des travaux du nouveau quai et de la criée
Les ouvrages de débarquement du port du Guilvinec, restaient depuis 1896 ridiculement insuffisants. La largeur de la jetée, 2,50m, ne permettait pas à 2 charrettes de s'y croiser. Le camion qui livrait de la glace ou qui venait prendre livraison de la pêche près du phare, devait repartir en marche arrière sur plus de 100 m !
Demandés bien avant la guerre, les travaux de déroctage, d'approfondissement, de construction d'un quai étaient toujours repoussés et pourtant des taxes de péage prélevées sur les ventes, tombaient dans les caisses. Il était prévu de construire un quai de 200m de long reliant la jetée à la cale Kohz, de réaliser un terre-plein de 15 000m2 où aboutirait la voie ferrée. Des usagers exprimèrent l'idée qu'en bouchant ainsi le port, on réduirait celui-ci à un chenal bien exposé et qu'il était préférable de l'aménager en amont où l'épaisseur du sable offrait des possibilités de creusement. Ils ne furent pas entendus au conseil portuaire. L'entreprise Bringer et Tondu avec ses deux scaphandriers Gilbert et Gérard, fut à pied d'oeuvre en avril 1949, tandis que le chalutier "la Libellule" remorquait la grande barge de Douarnenez. En même temps, l'entreprise Macquart fut chargée de prolonger de 60m le môle de Léchiagat pour casser les houles dangereuses.
Depuis 1948, une voie de chemin de fer, reliant la carrière de pierres de Kéristin au chantier de la Pointe avait été mise en place et fournissait du matériau à la concasseuse.
Les deux entreprises en activité purent se rendre compte réellement et en grandeur nature, de l'insécurité qui régnait dans le port pendant les tempêtes. Le 26 octobre 49, leurs pontons à grues se télescopèrent. La barge de 100 tonnes Macquart mouillée en dedans du môle de Léchiagat, brisa ses amarres et alla percuter violemment l'autre ponton sur les fondations du nouveau quai. On ne compta pas le matériel coulé ou parti à la dérive ; un chaland libéré heurta une pinasse dans l'arrière-port.
Le spectacle des travaux dura plusieurs années; la grue qui arrachait du fond de l'eau les blocs éclatés par les explosions, la suceuse qui projetait le sable sur le terre-plein avec des mulets pris au piège, attiraient les enfants et les badauds.
20 mars 1950 : Perte du Danton, 8 hommes disparus
Dans la nuit du 20 mars, le Danton, chalutier- thonier de 16,50 rn lancé en 1948, commandé par Etienne Le Donge et dont l'équipage était de Léchiagat, revenait de Jones Bank après sa marée. La mer était grosse sans atteindre la tempête.
Au petit matin, dans tous les foyers, très vite, se répandit la terrible nouvelle d'un nouveau naufrage. Le préposé aux douanes qui accomplissait sa ronde sur la plage du Steïr, observa une multitude d'épaves jonchant la grève; dans les débris, une bouée couronne au no7242, celui du Danton. L'alerte donnée, le canot de sauvetage commandé par J.L. Courtès prit la mer aussitôt et patrouilla des heures durant sur le lieu supposé du sinistre sans retrouver de victime. La quantité de fragments de bois minuscules dispersés sur plusieurs centaines de mètres du rivage autour du plancher avant du pont retourné, fit penser à une explosion, une mine flottante peut- être ? La rapidité du naufrage n'avait pas laissé de temps aux malheureux pêcheurs pour enfiler leurs bouées de sauvetage car on les retrouva toutes parmi les débris divers.
La découverte depuis d'un moteur au pied d'une roche à l'ouest des Etocs laisse supposer que le Danton, surpris, avait pu heurter de plein fouet l'obstacle et se disloquer.
Octobre 1951 : Ouverture officielle du pont de Léchiagat
Léchiagat et Le Guilvinec, séparés par une frontière naturelle, ne pouvaient toutefois vivre sans établir de relations solides entre eux. Trop d'intérêts communs les unissaient, le port, le sport, l'école, etc. Le petit pont de gros blocs glissants utilisable seulement à marée basse (de préférence le jour), les passeurs ou "treizour" à haute mer, parfois agitée, avaient jusque là relié les deux bords du bras de mer. Ces conditions difficiles n'avaient pas découragé les mariages entre jeunes des rives opposées.
A l'époque de l'automobile, il devenait nécessaire de faciliter le passage entre les deux communes. Déjà réclamé en 1936, commencé en septembre 1950, le pont fut officiellement mis en service en octobre 1951.
1952 -29 mars: Naufrage de l' " ALL RIGHT" : 16 disparus.
Ce fut encore au début du printemps et au cours de la pêche au maquereau de dérive qu'une nouvelle catastrophe se produisit.
L' "AII Right", commandé par Jean Le Roux, fut surpris à 100 milles au large par une terrible tempête. Un à un les maquereautiers guilvinistes rentrèrent mais difficilement. Seul "l'Ail Right" manqua à l'appel. C'était un chalutier-bois construit en 1942 en pleine guerre mais équipé en 1945 de toutes les installations modernes de l'époque.
Quelque temps avant de sombrer, il avait signalé une panne de radio à un autre maquereautier rencontré en haute mer.
Quand l'espoir de retrouver des rescapés fut évanoui, un deuil général fut décrété dans l'agglomération. Toutes les réjouissances prévues à cette époque de l'année furent supprimées.
Au cours de la cérémonie religieuse à la mémoire des disparus, un immense cortège se rendit en procession jusque la jetée où Monseigneur Fauvel, évêque de Quimper, donna l'absoute. On ne retrouva aucun des corps des 16 malheureuses victimes.
1953: Le Père Tirilly nommé évêque des Iles Marquises
Père missionnaire du Sacré Coeur de Picpus, Louis Tirilly, de Men Meur, fut élevé à la charge épiscopale d'un très vaste territoire, en Océanie. Il fut consacré en l'Eglise Sainte-Anne en 1954 par Monseigneur Fauvel.
1957-59 : Les premières ventes sous criée
La première criée avec sa halle à poissons fut quasiment achevée en 1957. Fini, le ballet pittoresque des canots chargés à ras-bord de caisses de merluchons et de paniers de langoustines, reliant la centaine de "malamocks" au mouillage, aux cales de débarquement.
Fini le va-et-vient des charrettes transportant la pêche vers les magasins de marée dispersés autour du port et même dans la ville. En 1957 débuta, sous la criée, la première vente des chalutiers à glace, mais la vente des côtiers du soir continua d'être pratiquée au bouton dans une baraque située à l'Ouest des bâtiments de la criée. Les vieux mareyeurs se voyaient mal debout des heures entières devant les caisses exposées; ils préféraient rester assis devant leur bouton.
En mars 1959 seulement, le crieur Michel Le Gall commença la vente à l'estime aux enchères ascendantes, des lots de poissons frais exposés par les côtiers.
Les magasins de marée construits au Nord de la Criée devinrent fonctionnels. Dès 1958 quelques mareyeurs concarnois comme Le Coz, Le Hie, etc étaient venus s'y installer. Par contre quelques mareyeurs guilvinistes gardèrent encore quelque temps leur magasin extérieur.
1962-63 : Fermeture de l'usine Chemin
Elle avait employé jusqu'à 102 salariés dont 14 hommes. Depuis quelques années, elle fonctionnait avec un effectif réduit mais continuait à fabriquer sa spécialité haut de gamme "Capitaine Cook", des petits maquereaux marinés, expédiés jusqu'en Amérique. Elle produisait aussi de la poudre de poisson et de l'huile de foie à partir des dégradats. Le départ du gérant, Monsieur Bourbao, précéda de peu la fermeture définitive pour des raisons de rentabilité.
1962-63: Naissance des armements des chalutiers fer semi-industriels
Même si dans les années 50-60, se produisit un boom dans les chantiers guilvinistes (jusqu'à 20 bateaux lancés par an), les chalutiers côtiers et les petits hauturiers ne fournissaient pas suffisamment de poissons pour permettre à la criée et aux mareyeurs de tourner à plein régime. Paradoxe, des hauturiers comme le "Michel et Monique" qui pêchaient les langoustines du Nord devaient aller vendre à Concarneau, les mareyeurs du Guilvinec n'ayant pas de clientèle pour ces crustacés glacés. Au cours de l'hiver, les apports d'autre part étaient trop irréguliers.
De ces constatations, mûrit chez les mareyeurs la volonté de créer un armement à vocation de construire des navires plus puissants, à plus grand rayon d'action et sortant en mer toute l'année.
Ainsi naquit l'Armement Guilviniste sous la présidence de Jules Furic, une société à quirats dont les actionnaires étaient pratiquement tous des professionnels de la mer en amont ou en aval de la filière.
Alexandre Le Brun et Eugène Moysan, son conseiller, se rendirent alors au Danemark pour prendre livraison des deux premiers bateaux acier de plus de 22 mètres, le "Tronoën" et le "Tréminou" achetés tout neufs.
Pour maintenir le label de qualité du port, on décida de limiter à 8 jours la durée des marées.
Surprise, dans un premier temps, aucun marin guilviniste ne voulut embarquer sur ces navires. Il fallut faire appel à des équipages de Lorient.
Pour des raisons d'économie, l'armement préféra par la suite acheter des bateaux d'occasion comme "l' El Goléa", etc... Restait à trouver des patrons locaux; le pari fut vite gagné. De jeunes lieutenants, fraîchement émoulus de l'école de pêche, sans capital pour faire construire leur propre bateau, trouvèrent là une bonne occasion pour "se faire les dents". Il leur fallut découvrir de nouveaux lieux de pêche, y laissant parfois des plumes; des pionniers en quelque sorte!
Entre-temps, en 1964, l'armement se scinda en deux donnant naissance à l'Armement Bigouden qui hérita du "Tréminou" et qui acheta les "Dahlia", "Lobélia", "Hortensia", etc...
Les nouveaux navires battirent les uns après les autres les records de vente à la criée, "El Goléa", "Basse Spinec", "Basse Nevez", "Thierry la Fronde", etc...
Le but recherché fut atteint. Les tonnages globaux de la criée progressèrent tous les ans. La relance du port fut ainsi assurée.
Vers 1970, apparut un nouvel armement l'A.C.F. propriétaire de "I'Armen", "Raoulic", etc et bientôt du "Stiff" et du "Tévennec" de 32 mètres de long, les plus grands du port.
1963 : Arrêt de la voie de chemin de fer transbigoudenne
Malgré l'utilisation de wagons isothermes, le déclin du train de marée s'accentua au fil des années. La gestion de la ligne fut un souci constant pour les responsables. Le déficit initial resta difficile à résorber.
La concurrence des camions frigo d'usage plus souple, la naissance de compagnies locales (cf Transports Guiffant) de camions à long rayon d'action vers le Sud de la France et les pays voisins lui furent fatales.
Le train de marée cessa de siffler en 1963. Les rails furent démontés et la gare trouva une autre destination.
1966 -10-11 janvier: Naufrage du "Jabadao"
7 disparus. Le Jabadao, un 24m en acier, patron P. Cloarec sombra en pleine nuit à une heure et demi du port. 1 rescapé, José Le Bec qui survécu grace à sa brassière de sauvetage.
1967 -15 février: Naufrage du "Kreis as Pin"
Le 15 février 1967, la coque renversée du "Kreis ar Pin" sur le plateau de Pen Braz était visible au petit matin. On imagina vite le scénario du naufrage. Rentrant de nuit au Guilvinec après sa marée, dans une mer grossie par un vent fort, il avait dû subir le choc d'une déferlante dans le secteur d"'Ar Virigou", et s'étant renversé, il avait dérivé jusqu'aux rochers.
Ils étaient cinq hommes à bord de ce chalutier en acier de près de 20 mètres de long, construit à Gamaret et commandé par Denis Gossec de Saint-Guénolé.
Dès l'alerte donnée, les canots de sauvetage, aidés de chalutiers locaux, sillonnèrent les lieux à la recherche des corps des victimes ou d'éventuels rescapés.
L'événement frappa considérablement les esprits, d'autant plus que les recherches étaient visibles "en direct" de la côte où les curieux arrivèrent par milliers.
Aucun des corps ne fut découvert ni en mer, ni sur les grèves pourtant si proches. Le lendemain les prospections reprirent avec l'aide de plongeurs qui inspectèrent la coque. On pouvait penser que le navire renversé avait pu retenir prisonniers les corps des marins surpris en plein sommeil.
Les sauveteurs spécialisés découpèrent une ouverture au chalumeau dans la carène et s'introduisirent à l'intérieur. Ils furent tout heureux de découvrir le chien du bord "Milou" qui avait survécu dans une poche d'air. La nouvelle se répandit très vite parmi les assistants qui attendaient sur la plage et les dunes. Fol espoir ! Les plongeurs fouillèrent le navire mais ne découvrirent aucun corps.
Comme en 1947 sur le 'Rosier fleuri", les hommes du "Kreis ar Pin" attendaient sur le pont l'arrivée au port quand la vague les projeta à la mer.
11 juin 1967 : Naufrage du "Tronoën"
Cette année fut particulièrement tragique pour le port du Guilvinec. Le "Tronoën" de l'Armement Guilviniste, un navire en acier de 22 mètres construit au Danemark et commandé par J. Pochic, fut perdu corps et biens à 12 heures de route du port avec 7 hommes à bord. Que s'était-il passé ? La mer était calme mais le "Tronoën" avait accroché un câble sous-marin et malgré ses manoeuvres ne put s'en défaire ; il communiqua plusieurs heures avec la terre, puis plus rien. Un changement de courant a pu brutalement le renverser.
Mai 1968
L'éducation Nationale s'étant mise en grève, les établissements publics stoppèrent les cours.
Le mouvement s'amplifia par la grève des autres fonctionnaires. Les centrales syndicales y participant, le port fut paralysé, les approvisionnements en gas-oil n'étant plus assurés et l'expédition du poisson non garantie.
Un service "minimum" pour ravitailler la population en poisson fut mis en place. Une grande manifestation réunissant ouvriers et fonctionnaires de tout le canton, accompagnés des tracteurs d'agriculteurs, défila dans les rues et se rendit à la halle à poissons où se tint un grand meeting aux cris de "les marins avec nous".
5 février 1970: Naufrage de "I'Agami"
Au cours d'une nuit de tempête épouvantable, l'Agami de Loctudy, basé au Guilvinec, un beau bateau en acier de 25 mètres et de 115 tonneaux, commandé par J. Cap, avec 9 hommes à bord, cessa de donner de ses nouvelles. Le lendemain, il fallut se rendre à l'évidence, l'Agami était perdu corps et biens. A son bord, Jean Le Goff du Guilvinec, père de 5 enfants. Une cérémonie religieuse en hommage aux 9 victimes fut célébrée par Monseigneur Barbu, évêque de Quimper, qui prononça une émouvante homélie sur le dur métier de pêcheur.
25 Février 1976 : disparition du "Lostrendro": 5 hommes péris en mer Le "Lostrendro", un bateau en bois de 18,50 mètres et de 49 tonneaux, appartenant aux deux frères Henri et Jacques LE CLEAC'H, pêchait à 50 milles au large de Penmarc'h, chalutant dans un épais brouillard sur la route des cargos. On pense qu'il fut victime d'une collision avec un gros navire.
1978 : Construction du nouveau C.E.S.
Le C.E.S. Paul LANGEVIN, créé en 1972, était l'héritier du C.E.G. du même nom, construit dans les dépendances du manoir de Kergoz à la suite du transfert du cours complémentaire de l'école des garçons. Dédoublant le C.E.S. de Pont l'Abbé, il reçut tout le secteur scolaire de Penmarc'h qui dut rejoindre Le Guilvinec où l'enseignement long était désormais assuré. Devant l'afflux de nouveaux élèves, 19 baraques dont plusieurs avaient déjà servi dans d'autres établissements, sortirent de terre l'une après l'autre autour du manoir fortifié.
Seules les 7 classes en dur de l'ancien C.E.G. offraient aux élèves des conditions convenables. Las d'attendre à la suite de promesses de construction d'un C.E.S. moderne, les parents d'élèves s'impatientèrent et proposèrent des actions dures en 1975 : occupation des locaux, manifestation à Quimper devant l'Inspection Académique. 320 personnes défilant derrière la pancarte avec l'inscription "Bugala ar vartoloded n'int ker loened" ("les enfants des marins ne sont pas des animaux" -allusion aux baraques) firent impression en haut lieu. Aussitôt, la construction du C.E.S. fut inscrite au plan d'urgence de 1978.
1979 -Lancement du premier BARA, chalutier acier semi-industriel à pêche arrière
Pour le chantier Pierre Glehen ce ne fut pas un lancement comme un autre, il attira la grande foule curieuse de voir le passage difficile du navire sous le pont.
Le "Bara Pemdez" (le pain quotidien), avec ses 24 mètres de long et son moteur de 600 Cv allait être le prototype de 8 sister-ships en acier de l'Armement Bigouden.
Dirigé par Thomas Le Gall, un ancien pilote d'Air France, qui avait acquis de nombreuses actions, l'armement allait liquider progressivement les anciens chalutiers classiques de l'entreprise, les 30 mètres tels Hortensia, Lobélia, Dahlia, etc ... pour se lancer dans la construction de bateaux neufs à pêche arrière (avec un apport de fonds propres).
Le Bara Pemdez, commandé par Pierre Le Goff , un jeune patron mais déjà chevronné, s'avéra très performant après rectification de sa stabilité, en battant les records de pêche du port.
La formule de Thomas Le Gall qui n'était pas homme à mettre le chalut devant les booufs et qui restait partisan d'une gestion rigoureuse même en période favorable se résumait ainsi: construire tous les deux ans un autre Bara avec de l'autofinancement pour 50 %, le reste avec 25 % de subventions et 25 % d'emprunts.
Malgré ces moyens avantageux, l'amortissement des navires demanderait 12 ans !
Nous verrons en 1996 le lancement du 9e Bara, le "Bara ar Vro" qui sera le seul chalutier neuf en acier construit en Pays Bigouden après la crise.
1980: Fermeture de l'usine SOGEICO
Filiale de la S.G.C. elle avait changé plusieurs fois de nom, Lecointre, Boullanger... Les 115 employés de la rue de Men Meur reçurent leur avis de licenciement juste avant de partir en congés de Noël 79. La nouvelle fit l'effet d'une bombe. Aucun bruit n'avait filtré et rien n'avait laissé penser à un tel verdict. Interrogée, la direction précisa que les comptes financiers étaient déficitaires depuis quelques années, que la rentabilité était insuffisante et les stocks trop . importants. En fait, la S.G.C. dont la vocation était la fabrication de conserves de légumes, voulait se débarrasser de la seule usine de poissons du groupe.
Abasourdis, les employés décidèrent d'occuper l'usine. Ils reçurent le soutien des marins, des conseils municipaux du Guilvinec et de Treffiagat dont les réunions se déroulèrent dans l'enceinte de l'établissement. Une manifestation eut lieu à Quimper devant la Préfecture, mais rien n'y fit.
1980 : Essor des hauturiers des patrons artisans
Les armements semi-industriels ont constitué une force d'entraînement pour le développement du port. Ils ont favorisé l'essor remarquable de la flottille hauturière artisanale qui, dans les années 80 comprit plus de 65 unités, les unes de moins de 18m, en bois et les plus grandes en acier de plus de 22m, construites le plus souvent dans les chantiers locaux, "charpentiers associés", Hénaff , Léon Gléhen et Pierre Gléhen plus spécialisé dans la construction en acier.
On ne peut que louer la volonté, le courage et l'audace des jeunes patrons qui se sont lancés dans l'acquisition de gros navires au coût forcément élevé. Beaucoup d'entre eux avaient déjà fait leurs preuves dans les armements. La CAF société coopérative offrit à ses patrons la possibilité de prendre des parts dans leur bateau et même d'en devenir majoritaire comme le patron du Stiff, mastodonte de 32m. Que dire des patrons qui ont fait construire à leur compte personnel les "Agrion", "Christ Da", "Stéphanie Jérome", et les sister-ship des Bara, Frankiz, Kerflous, etc... ?
1982 : Le Guilvinec, chef-lieu de Canton
Par dédoublement du canton de Pont-L'Abbé, le secteur côtier de Penmarc'h à Loctudy comprenant Le Guilvinec et Tréffiagat constitua un nouveau canton par décision ministérielle. Mais Le Guilvinec, petite commune par la population (mais grande par les activités) ne put jamais par la suite faire élire un conseiller général issu du chef-Iieu.
1982 : Le Guilvinec, 4ème port de pêche français toutes catégories
Après Boulogne, Lorient et Concarneau, mais le premier pour la pêche fraîche et le premier port français artisanal.
1987 : Licenciements à la Société des Produits Bertrand
La SPB avait racheté en 1985 la Coop de la rue du Poul ar Palud, mais en imposant une réduction d'effectifs: 37 suppressions d'emplois sur les 155 salariés de l'entreprise. Pourtant en septembre 78, à l'occasion du regroupement de la Coop du Guilvinec avec celle d'Audierne, l'usine avait réalisé de grands travaux de modernisation. En 1987, mises en chômage partiel au début de l'année, les ouvrières furent invitées par la suite à s'inscrire à l'ANPE. Mécontentes de n'être pas assez bien informées, elles occupèrent la Mairie du secrétaire d'Etat, Ambroise Le Guellec à Pouldreuzic.
15-16 Octobre 1987: L'ouragan
Spectacle de désolation le 16 octobre au matin après une nuit d'épouvante: arbres déracinés, toitures arrachées, fils électriques à terre, etc. Au port du Guilvinec, plusieurs bateaux avaient largué leurs amarres et, entraînés par le vent de SW à plus de 200km/h, se jetèrent contre le pont de Léchiagat. L'Athéna passa même sous le pont et on le retrouva échoué près d'un chantier de l'arrière-port. Heureusement, la tempête ayant été signalée, les chalutiers du port étaient restés à quai. Le vivier de Men Meur fut éventré.
La toiture de Furic alimentaire, rue Paul Langevin, ne résista pas. Ce ne fut plus qu'un amas de poutres et tôles tordues effondrées sur les chaînes de travail. En janvier 1988 Furic Alimentaire racheta la Coop mais ne s'engagea qu'à reprendre 30 ouvrières.
4 avril 1988 : Inauguration du Centre des Loisirs et de la Culture
Après une année de travaux, le 4 avril 1988, le C.L.C. ouvrit ses portes en présence du Maire, M. Xavier Charlot et des membres de la municipalité à l'origine du projet. Grâce au dynamisme de son directeur, Thiérry Le Nédic et à celui des animateurs, le C.L.C. présenta dès la première année de son fonctionnement une palette d'activités éclectiques qui ne cessèrent de se diversifier. Le nombre de ses adhérents venus de toutes les communes du Pays Bigouden s'accrut continuellement. Le C.L.C. atteignit vite une certaine dimension nationale par la qualité de plusieurs réalisations. L'on pense entre autre au Festival de l'Image du Bout du Monde.
2 décembre 1988 : Pose de la première pierre de la nouvelle E.M.A.
L'E.A.M. quoique transformée en 1961 par des constructions en dur avait vieilli. Insalubre, vétuste, trop petite, elle ne pouvait plus suffire aux nombreuses formations du métier (capacitaires, motoristes, lieutenants, poissonniers, etc.). Surtout, elle ne pouvait offrir les possibilités de donner un enseignement moderne sur les techniques les plus sophistiquées comme l'informatique embarquée, en usage dans beaucoup de chalutiers même côtiers. Ajoutons que depuis 1978, la formation des mousses était portée à deux ans.
La future E.M.A. fut prise en charge par le Conseil Régional. Le site retenu, compte tenu de l'exiguïté du territoire du Guilvinec fut l'arrière-port, côté Léchiagat sur la commune d'Albert Hénot. Yvon Bourges, président du Conseil Régional posa la première pierre le 2 décembre 1988 puis l'inauguration eut lieu en septembre 1990. Prévue pour 180 élèves, l'E.M.A. devenue Lycée Maritime dut envisager la construction d'un internat pour accueillir les élèves des autres ports bretons. Elle sera équipée de deux salles d'informatique et préparera au Bac maritime de haut niveau.
27 janvier 1990 : Disparition du chalutier "La Fayette"
Le "La Fayette", hauturier en bois de 19m de long, jaugeant 50 tonneaux, construit pour le compte de Joël Le Goff, disparut à 90km au large d'Ouessant avec 5 hommes à bord dont le nouveau patron Joël Péron. Auparavant le " La Fayette " avait reçu dans la tempête, une déferlante qui brisa deux carreaux de la cabine, noyant les installations radio.
1990 : Furic Marée devient la première entreprise de mareyage de France
Furic Marée, PDG Alain Furic, du groupe Furic entreprises, en devenant la première société de mareyage française, a pris une dimension européenne. L'entreprise s'est implantée au Guilvinec, à Saint Guénolé, Douarnenez, Concarneau, Lorient, Saint Brieuc, etc; possède une base avancée en Ecosse, gère 5 poissonneries, dispose d'un service de transports et emploie 430 salariés.
Furic Marée réalise les 3/4 du chiffre d'affaires du groupe qui comprenait en outre Furic alimentaire, 6 piscicultures, 1 Holding dirigées par les trois autres frères. Si l'on devait suivre la mode des sondages et désigner l'événement du siècle au Guilvinec, pour nous, ce serait cette montée en puissance de Furic entreprises, et par voie de conséquence, le Guilviniste du siècle serait Alain Furic.
Alain a su développer l'héritage de son père, déjà premier mareyeur du Guilvinec en 1945, lui donnant un essor international. Son grand-père Alain, arrivé au Guilvinec après la guerre de 14-18 avait créé peu à peu, par étapes sa petite conserverie et son magasin de marée. L'image du grand-père avec sa charette, prenant lui même livraison à la gare des encornets salés achetés pour lui à Lorient et destinés aux appâts des langoustiers de Léchiagat, n'est pas une légende.
Capitaine d'industrie, Alain Furic, petit-fils, participe à la vie du Guilvinec et "mouille son maillot". N'est-il pas le président actif du TGV, le club de football local ?
1991 : Plan Mellick : la casse des bateaux
Mellick, ministre de la mer associa son nom au POP Il ou Plan d'Orientation Pluriannuel dicté par la Commission européenne de Bruxelles qui prévoyait des sorties de flotte pour préserver la ressource. On assista alors, dans les grèves du port, au spectacle que certains jugèrent navrant, de la destruction de chalutiers à grand renfort de machines à broyer. Le plus souvent, ce furent de vieilles unités en bois qui avaient fait leur temps. Le "Patriote", le "Morgane", etc, s'en allèrent vers le destin tragique, la démolition volontaire. Il est vrai que ces sorties de flotte étaient accompagnées de primes.
Beaucoup plus tragique encore: l'arrêt de la construction. Des chantiers bois tout neufs, remarquables dans le paysage portuaire par leur imposante architecture durent fermer leur porte ou se contenter de faire des réparations.
1993-94 : Crise de la pêche
La pêche bigoudène secouée depuis des années par de petites crises dues aux directives de Bruxelles (maillages, quotas, kilowatts, POP) pour la préservation de la ressource (d'où la chute de rentabilité des navires), n'allait pas bien. En 1993, ce fut pire. Au Guilvinec, les prix du poisson s'effondrèrent en moyenne de 12% par rapport à 1992, en raison des importations extra- communautaires. Il en résulta une baisse nette des revenus des pêcheurs et un surendettement des familles. Utilisant des méthodes employées par d'autres producteurs qui avaient démontré leur efficacité nos pêcheurs firent des actions "commando de la colère" dans les supermarchés et à Rungis, y détruisant le poisson importé des pays tiers; puis de grandes manifestations comme à Rennes, où ils lancèrent des fusées de détresse pour alerter les autorités. La situation dramatique de la pêche entraîna la constitution d'un comité de survie.
1995 : Élections municipales: victoire d'Hélène Tanguy
Surprise pour Hélène Tanguy et ses supporters au soir des élections municipales de 1995. Remportant tous les sièges au premier tour, sa liste mit fin à l'invincibilité de la gauche depuis 75 ans au moins, qu'elle ait été radicale, communiste ou plurielle. Le succès fut d'autant plus notable que la plupart des candidats étaient jeunes, peu connus de la population et assez peu engagés dans la vie associative locale. Que s'était-il passé ? Certes depuis des années, le corps électoral avait changé par suite de sa décroissance, de son vieillissement, de sa féminisation et de l'arrivée de nouveaux Guilvinistes. Mais il est juste de rappeler que depuis des décennies, les électeurs du Guilvinec votaient en majorité à droite aux cantonales, législatives et présidentielles.
1995 : Naissance de l'armement Furic
On savait Furic entreprises présent dans la plupart des maillons de la chaîne du poisson. Il lui manquait un chaînon, la pêche elle-même. Et voilà qu'Alain Furic se lança dans l'armement de chalutiers non par souci de "mettre ses reufs dans tous les paniers" de la filière mais pour participer à maintenir le volume des tonnages portuaires. Certes, Jules, le père, avait déjà des parts dans l'armement bigouden mais il y était resté minoritaire. Cette fois, Furic acheta pour son compte des chalutiers d'occasion de Roscoff à La Rochelle. Compte tenu des sorties de flotte dans le pays bigouden et de l'arrêt quasi-total des constructions neuves, en empêchant ces navires de s'en aller peut-être en Espagne, Furic pouvait ainsi sauvegarder une flottille capable de fournir suffisamment de poissons au port du Guilvinec et à Furic Marée.
En 1997, l'armement possédait déjà 8 navires, dont 7 chalutiers fer de plus de 20m et un fileyeur "Ar Durzunell". En mars 99, il gérait 12 bateaux; en novembre, il achetait son 17e navire...
Juillet 1996 : Annonce de la fermeture de l'usine Chacun -Le Guilvinec, Ville morte
Stupeur en juillet 96, l'usine Chacun, le fleuron de la conserverie bigoudène était menacée de fermeture et les employés contraints d'envisager leur transfert sur le site de Pont-Aven. Déjà en 1992, par suite de redressement judiciaire, la conserverie était passée d'Olida aux mains d'Exal, qui avait déjà avalé Raphalen et Pêcheurs de France. Après une restructuration, 27 ouvriers sur un effectif de 156 salariés avaient été laissés sur le bord du chemin. Le groupe Sea Deal, issu d'Exal, décida par souci de productivité et de mise aux normes sanitaires européennes, d'opérer ce transfert, proposant aux salariés de Chacun un déplacement journalier par car ou le chômage. La municipalité du Guilvinec mit alors en place une cellule de crise. Les ouvrières créèrent un comité de défense qui recueillit 6000 signatures pour le maintien de l'usine à Men Meur. La fermeture fut d'autant plus mal acceptée par la population que Paul Chacun était devenu propriété à 67% de la coopération maritime par le biais de Pêcheurs de France. Un comble !
Le 7 septembre, le comité organisa une grande manifestation et une opération "Le Guilvinec ville morte". Trois mille personnes prirent le départ du défilé sur le pont de Léchiagat vers l'usine, passant dans la grand'rue, devant les magasins aux rideaux baissés. Malgré deux annulations par le tribunal de Quimper, de la procédure de délocalisation, le transfert de Chacun se fit inexorablement vers Pont-Aven.
12 mars 1997 : Disparition du "Reder ar Mor". Patron, Jacques Le Friant avec 4 hommes à bord.
1998 : Le Guilvinec devient le 3e port de pêche français, en valeurs.
Grâce à l'armement Furic et à l'augmentation du nombre de gros hauturiers.
2000 : Le Guilvinec remporte deux trophées.
Celui du développement économique pour les communes de 2 000 à 5 000 habitants et le Trophée des Trophées des Communes du Finistère.
Mars : Ouverture d'Haliotika
Centre de découverte de la Pêche en mer
"Marianne d'Or" 2000
"Haliotika", outil de développement local : Afin d'affirmer que l'avenir de la commune passait par la pêche et le tourisme, l'équipe municipale a défini avec l'Agence Française d'Ingénierie Touristique, Haliotika, un centre de découverte et d'interprétation de la pêche en mer. Ce centre sert également de vitrine et de support de communication pour l'industrie locale de la pêche. Grâce aux nouvelles technologies, Haliotika attire les visiteurs de 7 à 77 ans et donne la... pêche au Guilvinec.